Déploiement et impacts des agents IA, grande tendance de Viva Tech 2026
A VIVA TECH 2026, un mot était sur toutes les langues, l’agent IA.
Qui est-il ? Qu’apporte-t-il ? Et pourquoi suscite-t-il autant d’intérêt auprès des experts et professionnels tous secteurs confondus ?
Décryptage !
Un agent IA kesako ?
Il s’agit d’un système autonome capable d’exécuter des actions et de réaliser des opérations de bout en bout. Il dépasse le simple cadre de l’analyse ou de la génération en effectuant proactivement des actions dans les outils métier, comme la création d’incidents, l’envoi d’e-mails ou la mise à jour des systèmes CRM.
Sur quel type de processus les agents apportent-ils de la valeur ?
« Aujourd’hui, je délèguerais à l’agent toute la partie production et analyse de données », déclare Eléonore Crespo, CEO de Pigment, la plateforme de planification intégrée avec IA agentique. L’agent prendrait alors en charge l’ensemble des activités de collecte automatisée des données brutes, le nettoyage, la détection d’anomalies, la génération de rapports récurrents, ainsi que les premières recommandations d’optimisation.
Côté centre d’appels, Oscar Verge Arderiu, Responsable du déploiement IA de Konecta, solution d’IA générative pour le service client, ajoute “j’utiliserais l’IA agentique pour la partie la paiement, facturation et gestion des commandes, et je laisserais l’humain pour résoudre les problèmes complexes des consommateurs afin d’avoir moins d’interactions, mais plus longues et de meilleure qualité”.
Patrick Pouyanné, Directeur Général de TotalEnergies, voit dans l’arrivée des agents une opportunité de repenser les processus complexes. Ici, il s’agit plus d’un sujet d’ingénierie : “Avant nous pouvions avoir 5 scénarios à analyser alors qu’aujourd’hui l’IA décuple les possibilités.” L’agent explore automatiquement des centaines de combinaisons et présente les plus viables. Cela libère du temps pour les équipes et déplace le travail pour se consacrer à l’innovation et à la résolution de défis complexes.
Déploiement des agents, où en sont les entreprises ?
Les experts sont unanimes : l’agent est facile à créer et son déploiement est rapide. « La technologie est disponible et les personnes comprennent ses capacités, » déclare Bar Winkler, CEO de Wonderful une solution pour déployer l’IA dans les entreprises.
Auprès des collaborateurs, l’adoption de l’agent s’inscrit dans le prolongement de celle du chat ou IA conversationnelle, ce qui facilite la prise en main pour certains utilisateurs, notamment les “early adopters”. Toutefois, cette appropriation rapide d’une minorité ne doit pas masquer la nécessité d’un accompagnement structuré pour une majorité d’utilisateurs. Via une approche de conduite du changement, il s’agit de permettre à chacun de s’approprier la technologie IA au travers d’outils spécifiques et d’identifier les usages pertinents pour son métier.
Quel est le prérequis nécessaire ?
La donnée et sa structuration apparaît encore comme le nerf de la guerre car un agent IA sans bonne données c’est comme un moteur sans carburant, il tourne à vide.
Concrètement, il est nécessaire pour une entreprise d’avoir des données de qualité (complètes, à jour, sans erreurs), structurées et centralisées, une infrastructure capable de les traiter à grande échelle et en temps réel, et une gouvernance qui garantit leur fiabilité et leur accessibilité, sans quoi elles se retrouvent avec des agents limités, incapables d’exploiter leur plein potentiel.
C’est pourquoi la barrière au déploiement n’est pas technologique, mais organisationnelle et technique : structurer la donnée en amont.
Quelles sont les menaces ?
Avant de déployer les agents IA, les entreprises doivent construire en interne des mécanismes de contrôle et de validation. Cela passe par la mise en place d’une gouvernance claire qui définit les limites de l’agent, ses domaines d’action autorisés, les seuils d’escalade envers le manager et un travail étroit avec le département compliance pour s’assurer que l’agent respecte les réglementations (RGPD, conformité métier, etc.).
Certaines entreprises comme la startup Giskard ont axé leur modèle sur l’évaluation des agents avant leur déploiement afin d’identifier les risques potentiels. Parmi ces risques : les biais décisionnels, les hallucinations, les fuites de données sensibles et les comportements imprévisibles. La startup a vocation d’apporter un filet de sécurité pour empêcher toute dérive avant leur déploiement.
Quelles évolutions en termes de compétences ?
Les managers de demain pourraient désormais avoir un double rôle : manager des collaborateurs ainsi que des agents IA. Il s’agit d’un véritable changement car gérer des agents n’est pas comparable à gérer un CRM ou un simple outil SaaS, les managers doivent développer une vision globale des processus, comprendre comment les agents s’inscrivent dans un écosystème plus large et comment orchestrer l’ensemble du workflow.
Les collaborateurs doivent connaître les capacités et limites de leurs agents IA pour identifier les défaillances potentielles et les bénéfices sur leurs processus métiers. La compétence à développer est l’esprit critique, c’est-à-dire la capacité à douter des résultats proposés, à questionner la logique de l’agent, à détecter les biais ou les incohérences puis la prise de décision, valider les réponses de l’agent, arbitrer entre plusieurs propositions et superviser l’exécution. Les collaborateurs deviennent des validateurs garants de la qualité finale. L’accompagnement au changement est primordial pour accompagner les collaborateurs dans l’évolution de leur rôle.
Quels impacts sur l’environnement ?
Mesurer l’impact de l’IA reste un défi complexe, faute de transparence suffisante de la part des fournisseurs de modèles. Pourtant, le déploiement d’agents s’accélère : selon Gartner, d’ici 2028, une entreprise moyenne du Fortune 500 utilisera plus de 150 000 agents IA.
Seules 13 % des entreprises estiment avoir mis en place une gouvernance adéquate. Les outils low-code et no-code permettant de créer des applications rapidement avec peu ou pas de code facilitent la création d’agents, mais compliquent leur surveillance responsable.
Sans données transparentes sur l’impact réel de ces déploiements, les entreprises manquent de visibilité pour prendre des décisions éclairées.
Face à ce manque de visibilité, des initiatives émergent pour évaluer l’impact réel des outils IA. La start up Fruggr, présente au salon Vivatech 2026, propose un outil d’évaluation plug and play qui analyse automatiquement les applications numériques et produit des indicateurs d’empreinte environnementale (énergie, GES, eau) et sociale (accessibilité, inclusion, protection des données).
Autre exemple, la startup Verdikt évalue l’impact de chaque décision IT. La plateforme mesure le cloud, l’IA, les équipements, les achats et les fournisseurs, fournissant des chiffres auditables conformes aux standards Bilan Carbone®, CSRD et GHG Protocol.
Ces solutions, parmi d’autres, offrent aux entreprises les données défendables nécessaires pour gouverner leurs déploiements d’IA de manière responsable.
L’agent IA n’est pas qu’une question technologique : c’est avant tout un enjeu organisationnel et éthique. Leur déploiement responsable repose sur trois piliers : accompagner les collaborateurs dans l’évolution de leur rôle, mettre en place une gouvernance robuste pour maîtriser les risques, et relever le défi de la mesure de l’impact environnemental et social en apportant des solutions concrètes.
“Ne considérez pas l’IA comme une simple implémentation technologique. Votre stratégie IA et votre stratégie RH doivent faire partie de la même conversation. » Peter Brown, PwC Global Workforce Leader.

