Sécuriser la gouvernance de l’information à l’ère de l’IA générativ

27 janvier 2026

Selon l’agence Graphite (analyse de 65 000 articles), les contenus générés par IA ont dépassé les contenus rédigés par des personnes depuis novembre 2024. L’étude Ahrefs va plus loin : jusqu’à 74 % du web serait désormais rédigé par des machines.

15,7 millions de visiteurs uniques mensuels

consultent des sites dont le contenu est généré par IA en France. Le premier observatoire français (GESTE, Médiamétrie, Next) révèle qu’un quart des Français consultent ces sites. Cette audience équivaut à celle d’un acteur du Top 10 des sites d’actualité.

Ce sont les personnes de 50 ans et plus qui ont le plus consulté cet ensemble de sites. « Si les personnes de 50 à 64 ans et de plus de 65 ans représentent (…) 23 % de la population française, elles représentent près des trois quarts (74 %) des internautes consultant des sites GenAI dans le mois », écrit le média spécialisé Next. Paradoxalement, 84% de ces visiteurs consultent aussi au moins un site d’actualité traditionnel chaque jour.

 

Google, amplificateur du phénomène

Plus des trois quarts des visites sur ces sites proviennent de Google, notamment via son algorithme Discover. Ces sites GenAI reprennent massivement les productions de médias employant des journalistes, tout en bénéficiant d’une mise en avant algorithmique. Chaque visite générée leur permet en outre de monétiser ce trafic via la publicité, sans reverser un centime aux médias dont ils recyclent le contenu.

Le journaliste Jean-Marc Manach (Next.ink) dénombre désormais plus de 8 800 sites d’information GenAI. Ces sites « coucous » ou « pirates » se multiplient à une vitesse vertigineuse, rendant le périmètre difficile à cerner.

 

Quelles questions cela soulève-t-il ?

Qualité et fiabilité de l’information

Comment garantir la qualité et la véracité de l’information quand certains articles sont générés par IA qui recyclent du contenu sans vérification ni angle éditorial ?
Les journalistes apportent une expertise, le recul critique et la mise en perspective de par leurs enquêtes terrain, le fait de croiser les sources, vérifier les faits et recontextualiser les événements dans leur complexité. Ce travail rigoureux nous permet d’accéder à une information fiable, nuancée et de se forger une opinion éclairée sur les enjeux de société. Sans cette médiation professionnelle, nous risquons de basculer dans une information de surface, standardisée et potentiellement trompeuse.

Responsabilité des plateformes

Google et les autres plateformes ont-elles une responsabilité dans la promotion de ces contenus GenAI ? Doivent-elles adapter leurs algorithmes pour privilégier les sources journalistiques avérées ?

Menace pour les médias traditionnels

Si un quart des Français consultent des contenus générés par IA qui reprennent le travail de journalistes sans les rémunérer, les conséquences sont multiples : baisse du trafic sur les sites d’information légitimes ou dévalorisation du travail journalistique professionnel. À terme, c’est toute la viabilité économique du journalisme de qualité qui est menacée, alors même que ces sites se nourrissent du contenu original produit par les journalistes. Comment valoriser et protéger le travail d’investigation face aux articles générés par IA qui captent l’audience sans proposer de contenu original ?

 

Concrètement, comment pouvons-nous reconnaître ces contenus générés par IA et exercer notre esprit critique face à ce phénomène ?

Certaines tournures de phrase trahissent la patte des machines : abus de participes présents, de connecteurs logiques comme “donc” ou “cependant” ou de ponctuation étrange comme le tiret cadratin. Nous pouvons également identifier ces contenus lors d’une présentation maladroite d’une conclusion “cela illustre” ou au niveau des paragraphes qui sont construits de la même manière. Enfin, vous pouvez vous interroger si vous ne voyez pas d’illustration ou d’exemples concrets des propos avancés.

 

Sources :

  • Les Echos : “Un quart des Français consultent des sites générés, au moins en partie, par IA”, 6 janvier 2026
  • Courrier International “Le tiret cadratin, victime collatérale de l’ère de l’IA”, 7 octobre 2025
  • Le Monde numérique : “50% du Web rédigé par des IA. Vraiment ?”, 30 octobre 2025

 

Photo de Google DeepMind