Retours sur la 10ème édition du Sommet Virtuel du Climat

23 février 2026

Le Sommet Virtuel du Climat a rassemblé une grande diversité d’acteurs – experts, collectivités, entreprises, établissements publics – autour d’un même constat : le changement climatique n’est plus un risque futur mais une contrainte structurelle qui redéfinit les conditions d’exercice des activités économiques, des services publics et du travail.
Au-delà de l’urgence scientifique largement partagée, les conférences ont convergé vers une même question opérationnelle : comment transformer des risques climatiques complexes, incertains et futurs en décisions concrètes, engageantes et créatrices de valeur aujourd’hui ?

Nous proposons ici une lecture synthétique des grandes tendances, illustrée par cinq zooms sur des conférences particulièrement structurantes pour nos métiers et nos offres, en tant que cabinet interne de Veolia. Les réponses apportées dessinent une évolution claire des pratiques : montée en puissance de l’adaptation, centralité du facteur humain, rôle structurant de la donnée, et surtout émergence du coût de l’inaction comme outil de pilotage stratégique.

Tendance n°1 – L’adaptation devient aussi stratégique que l’atténuation

La conférence animée par BL Évolution pose un constat sans ambiguïté : avec une trajectoire mondiale autour de +2,8 à +3°C, la France doit déjà se préparer à un climat à +4°C. Dans ce contexte, l’adaptation n’est plus optionnelle, elle devient une condition de continuité d’activité.

Les messages clés sont clairs :

  • L’adaptation vise à traiter les risques résiduels que l’atténuation ne pourra éviter.
  • Les risques sont systémiques : physiques, économiques, sociaux, territoriaux.
  • Entreprises et territoires sont profondément interdépendants (infrastructures, emplois, attractivité).

La démarche recommandée s’appuie sur :

  • l’accès à des données climatiques partagées (Drias, Climat HD),
  • l’évaluation financière, notamment via le coût de l’inaction,
  • des trajectoires évolutives (ex. méthode TACCT) plutôt que des plans figés.

Un point structurant pour nos accompagnements : l’adaptation est aussi un sujet humain et culturel, nécessitant mise en récit, concertation et parfois transformation profonde des modèles économiques. La notion de mal-adaptation rappelle que les réponses à court terme peuvent aggraver les vulnérabilités à long terme.

 

Tendance clé n°2 – Parler d’argent pour mobiliser : le coût de l’inaction comme levier décisif

La conférence animée par Salomé Lesbats apporte un éclairage déterminant sur un frein récurrent : la difficulté à démontrer le ROI de la RSE et de l’action climatique auprès des dirigeants.

Le changement climatique est un défi cognitif : décisions biaisées, préférence pour le statu quo, difficulté à se projeter dans des futurs probabilistes. Le coût de l’inaction permet de contourner ces limites en traduisant les risques climatiques en chiffres concrets et ancrés dans la réalité business.

Le modèle présenté :

  • répond aux exigences de double matérialité (impacts de l’entreprise sur le monde et impacts du monde sur l’entreprise),
  • vise trois objectifs majeurs :
    1. renforcer la résilience globale (actifs, chaîne de valeur, parties prenantes),
    2. embarquer le CODIR en démontrant le ROI des trajectoires de transition,
    3. mobiliser l’ensemble de la chaîne de valeur.

Construit sur une logique proche du Bilan Carbone®, le modèle s’appuie sur une base de données internationale robuste et débouche sur un plan de transition chiffré, comparant coûts d’action et coûts résiduels.
Pour Veolia, c’est un levier stratégique puissant pour relier adaptation, transition bas carbone et performance économique, et proposer des offres à forte valeur ajoutée conseil.

 

Tendance clé n°3 – Le climat transforme le travail : santé, productivité et attractivité

La conférence portée par Sophie Leng et Mathias Joste met en lumière un angle encore trop peu intégré : les impacts directs du climat sur le travail.

Les constats sont frappants :

  • baisse significative de la productivité dès 24–26°C ressentis,
  • chute pouvant atteindre 50 % au-delà de 33–34°C pour certains métiers extérieurs et/ou physiques,
  • augmentation des accidents du travail, de l’absentéisme et du turnover,
  • risques psychosociaux accrus (stress, anxiété, perte de sens).

Le cadre réglementaire évolue rapidement (PNACC 3, décret chaleur 2025), mais reste encore en retrait par rapport à certains pays européens. Les entreprises doivent désormais intégrer ces risques dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) et structurer une démarche complète :

  • diagnostic d’exposition et de sensibilité,
  • chiffrage du coût de l’inaction,
  • plans d’actions organisationnels et techniques,
  • suivi et dialogue social.

Le groupe Veolia est particulièrement sensible à ces enjeux dans ses activités cœur : la santé au travail des 220 000 employés de Veolia est l’un des piliers de sa Performance Plurielle.

 

Tendance clé n°4 – Coopérer et réemployer : sobriété, performance et résilience

Les retours d’expérience du CHU de Montpellier, du GHT Grand Paris Nord-Est et du Groupe ADP démontrent que le réemploi n’est plus un sujet marginal, mais un levier de performance mesurable

  • le réemploi interne permet de capter rapidement des gisements inexploités,
  • les plateformes numériques sécurisent les échanges (traçabilité, modération, pilotage),
  • les gains sont à la fois économiques et environnementaux (tonnes de déchets évitées).

La logique progressive – réemploi interne, puis inter-sites, puis don externe – est particulièrement intéressante pour un groupe multi-BU comme Veolia.
Elle ouvre des pistes concrètes :

  • mutualisation de matériel de bureau et d’intervention,
  • optimisation des stocks,
  • coopération entre territoires ou métiers, en cohérence avec les démarches Lean et économie circulaire déjà existantes.

La circularité n’est pas qu’un discours stratégique, elle produit des résultats mesurables à court terme.

 

Tendance clé n°5 – Piloter la transition par la donnée : crédibilité, IA et chaîne de valeur

Un autre enseignement transversal du Sommet concerne la centralité de la donnée.

Les conférences sur :

  • les achats responsables,
  • la décarbonation de la chaîne de valeur,
  • la vérification des empreintes carbone,

montrent une évolution nette des attentes :

  • les clients, partenaires et financeurs demandent des données traçables, comparables et vérifiées,
  • le scope 3 représente souvent 70 à 90 % des émissions, rendant indispensable le dialogue avec les fournisseurs,
  • la vérification de l’empreinte carbone devient un standard de bonnes pratiques, plus qu’un exercice de conformité.

Les retours d’expérience industriels sont très clairs : la vérification n’est pas vécue comme une sanction, mais comme un levier de professionnalisation, de crédibilité et d’amélioration continue.

Pour Veolia, cela renforce l’importance :

  • de structurer les méthodes d’audit de sa chaîne de valeur,
  • d’outiller ses équipes,
  • et d’accompagner les fournisseurs dans une logique partenariale plutôt que strictement descendante.

Conclusion

Le Sommet Virtuel du Climat confirme plusieurs orientations structurantes pour l’anticipation du dérèglement climatique, et nous amène à repenser nos offres :

  1. Articuler systématiquement adaptation, atténuation et performance économique, notamment via le coût de l’inaction.
  2. Passer d’une logique de diagnostic à des trajectoires de transformation, intégrant gouvernance, investissements et conduite du changement.
  3. Intégrer pleinement la dimension humaine (travail, compétences, acceptabilité sociale) dans les stratégies climat.
  4. Renforcer les approches chaîne de valeur et coopération, internes comme territoriales.
  5. Faire de la donnée un actif stratégique, fiable, vérifié et mobilisable pour l’action (carbone, climat, IA).

En tant que cabinet interne de Veolia, notre rôle est clé : traduire la complexité climatique en décisions opérationnelles, accompagner nos clients et nos entités vers des trajectoires robustes, crédibles et créatrices de valeur dans un monde déjà transformé par le climat.